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C est possible, mais bien certainement, Miss Campbell,
reprit dame Bess, ce jeune homme n a pas su que c est à vous
qu il doit peut-être d avoir été sauvé, car, le lendemain de son
arrivée à Oban, il serait au moins venu vous remercier&
Me remercier ? répondit Miss Campbell. Et pourquoi ? Je
n ai fait pour lui que ce que j eusse fait pour tout autre, et crois-
le bien, ce que tout autre aurait fait à ma place !
Est-ce que vous le reconnaîtriez ? demanda dame Bess,
en regardant la jeune fille.
Oui, répondit franchement Miss Campbell, et j avoue que
le caractère de sa personne, le courage tranquille qu il montrait
en apparaissant sur le pont, comme s il ne venait pas d échapper
à la mort, les affectueuses paroles qu il a dites à son vieux com-
pagnon en le pressant sur sa poitrine, tout cela m a vivement
frappée.
Ma foi, répliqua la digne femme, à qui il ressemble, moi,
je ne pourrais guère le dire ; mais, en tout cas, il ne ressemble
pas à ce M. Aristobulus Ursiclos ! »
Miss Campbell sourit, sans rien répondre, se leva, resta un
instant immobile en jetant un dernier regard jusqu aux lointai-
nes hauteurs de l île de Mull ; puis, suivie de dame Bess, elle
redescendit l aride sentier, qui conduit à la route d Oban.
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Ce soir-là, le soleil se couchait dans une sorte de poussière
lumineuse, légère comme un tulle paillonné, et son dernier
rayon s absorbait encore dans les brumes du soir.
Miss Campbell retourna donc à l hôtel, fit peu d honneur
au dîner que ses oncles avaient commandé à son intention, et,
après une courte promenade sur la grève, elle rentra dans sa
chambre.
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Chapitre X
Une partie de croquet.
Les frères Melvill, il faut bien l avouer, commençaient à
compter les jours, s ils n en étaient pas encore à compter les
heures. Cela ne marchait pas comme ils le voulaient. L ennui
visible de leur nièce, ce besoin d être seule qui lui prenait, le peu
d accueil qu elle faisait au savant Ursiclos, et dont celui-ci se
préoccupait peut-être moins qu eux-mêmes, tout cela n était pas
pour rendre agréable ce séjour à Oban. Ils ne savaient
qu imaginer dans le but de rompre cette monotonie. Ils guet-
taient, inutilement, les moindres variations atmosphériques. Ils
se disaient que, son désir satisfait, Miss Campbell redeviendrait
sans doute plus traitable, au moins pour eux.
C est que, depuis deux jours, Helena, plus absorbée encore,
oubliait de leur donner ce baiser du matin, qui les mettait en
bonne humeur pour le reste de la journée.
Cependant le baromètre, insensible aux récriminations des
deux oncles, ne se décidait point à prédire une modification
prochaine du temps. Quel que fût leur soin à le frapper dix fois
par jour d un petit coup sec pour déterminer une oscillation de
l aiguille, l aiguille ne remontait pas d une ligne. Oh ! ces baro-
mètres !
Toutefois, les frères Melvill eurent une idée. Dans l après-
midi du 11 août, ils s imaginèrent de proposer à Miss Campbell
une partie de croquet, afin de la distraire, s il était possible, et,
bien qu Aristobulus Ursiclos dût en être, Helena ne refusa pas,
tant elle savait leur faire plaisir.
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Il faut dire que le frère Sam et le frère Sib se piquaient
d être de première force à ce jeu, si en honneur dans le
Royaume-Uni. Ce n est, on le sait, que l ancien « mail », très
heureusement approprié au goût de la jeunesse féminine.
Or, il y avait précisément à Oban plusieurs aires disposées
pour les manSuvres du croquet. Que dans la plupart des villes
de bains on se contente d un emplacement plus ou moins nivelé,
pelouse ou grève, cela prouve moins l exigence des joueurs que
leur indifférence ou leur peu de zèle pour cette noble distrac-
tion. Ici les aires étaient, non sablonneuses, mais gazonnées,
comme il convient ce qu on appelle des « crockets-grounds »
, humectées chaque soir avec des pompes d arrosage, roulées
chaque matin avec un engin spécial, douces comme un velours
passé au laminoir. De petits cubes de pierre, affleurant le sol,
étaient destinés à l emplantement des piquets et des arceaux. En
outre, un fossé, creusé de quelques pouces, délimitait chaque
emplacement et lui donnait les douze cents pieds carrés, néces-
saires aux opérations des joueurs.
Que de fois les frères Melvill avaient regardé avec envie les
jeunes gens et les jeunes filles, qui manSuvraient sur ces ter-
rains d élite ! Aussi quelle satisfaction ce fut pour eux lorsque
Miss Campbell se rendit à leur invitation. Ils allaient donc pou-
voir la distraire, tout en se livrant à leur jeu favori, au milieu de
spectateurs qui ne leur manqueraient pas, ici comme à Helens-
burgh. Les vaniteux !
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